« La voyance est plus une sensibilité qu’un don ! »

Les cheveux courts mais les idées longues, Esméralda Bernard pratique une « voyance rationnelle ». Arrivé à point nommé, son livre « Les yeux de votre destin: confidences d’une voyante » lorgne d’un regard indiscret le trou de la serrure d’un cabinet de voyance: le sien ! Elle dénonce une certaine escroquerie…

Chacun possède une parcelle de voyance que l’on nomme « intuition »…

Quel est l’aspect d’un cabinet de voyance ?
« Pas de petites franges scintillantes ni de statuettes divinatoires…pas de boule de cristal. Je ne suis pas Irma dans sa roulotte. Cela, j’en ris ! Mon bureau a tout de celui d’un quidam ; il n’y a qu’un signe distinctif deux jeux de tarot sont déposés sur la tablette. »

La voyance en tant que professionnelle, comment la voyez-vous ?
« Le terme de « voyance professionnelle » sous-entend la répétition d’un travail avec échange monétaire. Or, cette prestation surtout humaine relève davantage de l’art. Un art qui doit être abordé de manière intelligente et surtout de façon rationnelle, un mot qui peut ressembler à une provocation lorsqu’il est prononcé par une voyante. Pourtant, bien garder les pieds sur terre est primordial : la frontière entre l’imaginaire et les perceptions est déjà si ténue… »

TOUT UN ART

Vos prestations ne sont toutefois pas bénévoles, elles sont payantes…
« Oui, bien sûr…Mais il faut bien savoir que l’article 563, toujours en application, du Code Pénal n’autorise pas les métiers divinatoires. Par contre, la profession de « voyante », mentionnée sur le registre de commerce, dispose d’une reconnaissance fiscale. »

Vous parlez d’art là où d’autres parlent de don…
« C’est un don dans le sens où la personne est douée, dotée d’une sensibilité plus développée que d’autres. C’est-à-dire que là où chacun possède une parcelle de voyance que l’on nomme « intuition »,le voyant dispose d’un terrain plus fertile. »

Voyez-vous donc tout ?
« Euh…non ! (Rires)La difficulté n’est pas de voir une image mais de l’associer à d’autres, de savoir l’interpréter, et surtout de la situer dans le temps, de travailler sur les symboles. Lorsqu’une pensée, un mot ou un chiffre, un cliché, une image, une description vient s’imposer à mon esprit, l’information est brute et je me dois de l’interpréter de façon nette. Mais je ne suis pas infaillible…et je la sais. »

Qu’opposez-vous aux rationnels et aux scientifiques ?
« Je ne m’y oppose pas, et je les comprends même. Ils ont besoin de répétition d’expériences réussies pour pouvoir croire, comme l’eau posée mille fois sur le gaz et qui se mettra mille fois à bouillir lorsqu’elle atteindra les cent degrés. »

ABUS DE CONFIANCE

Que répondez-vous aux sceptiques qui parlent d’escroquerie ?
« Généralement, les mauvais voyants ne fidélisent jamais longtemps leur clientèle. Il ne s’agit jamais de dire des banalités comme « j’entrevois une rencontre importante », mais de décrire des situations en fournissant des signalements précis, de faire preuve d’empathie, c’est-à-dire d’une certaine psychologie, d’aimer les gens… Et puis surtout de ne rien imposer. C’est au client de faire son choix, et, pour cela, de pouvoir conserver son bon sens et son libre-arbitre. Quand à la dangerosité de la voyance, le risque est de créer des situations de dépendance psychologique liée à la confiance donnée par le client. »

Mais vous ne diriez pas, pour autant, que la charlatanisme n’existe pas…
« Il existe et les abus de confiance peuvent être désastreux. Lorsqu’une petite annonce vous promet un retour d’affection à date fixe ou qu’un marabout vous propose, comme à vos amies, de vous désenvoûter, il y a escroquerie ! J’en suis pleinement consciente…Dans ce domaine qui n’est pas réglementé, il y a un peu de tout et beaucoup de n’importe quoi. »

Comment arrivez-vous, arrive-t-on, à faire la part des choses ?
« En créant le comité Delta Blanc, je me propose de défendre mon métier en faisant adopter un code de déontologie afin de fermer la porte à toutes les dérives présentes et à venir. »

Régine Cerfontaine