LE DON DE VOYANCE

Sa grand-mère était médium. Ses parents l’ont baptisée Esméralda. Prémonitoire? Elle est devenue voyante. Pourtant, rien ne la distingue du commun des mortels : ni chouette sur l’épaule, ni tenue de gitane, ni regard enténébré de khôl…Esméralda Bernard ressemble à votre voisine de palier. Elle possède simplement le don extraordinaire de lire en vous et de « voir » l’avenir. En ce compris les numéros gagnants du lotto ? Voir…

La voyance est-elle un don ?
Esméralda Bernard : « Dans mon cas, il existe un facteur héréditaire : ma grand-mère maternelle était médium, ce qui signifie qu’elle recevait des informations par l’intermédiaire d’une « entité. ». Elle entrait en transes et parlait comme sous la dictée de quelqu’un, puis revenait à elle et, la plupart du temps, ne gardait aucun souvenir de ce qu’elle avait dit. Mon milieu familial ne s’en formalisait pas en outre mesure. Chez nous, le paranormal était tout ce qu’il y a de plus normal. Enfant, je n’ai pas ressenti de signes avant-coureurs. Mais plus tard-je gérais alors une boutique de prêt-à-porter pour dames- j’ai commencé à recevoir un afflux d’informations dont je ne savais pas très bien que faire et qui me perturbaient. Je me sentais devenir sauvage, très désordonnée. J’ai décidé de fermer boutique et, à 23 ans, je me suis installée comme voyante. »

Professionnellement, cela s’est-il avéré judicieux ?
E.B. » Oui. Je ne cherche pas à multiplier les consultations, mais mon agenda est complet pour les six mois à venir. »

Etes-vous compétente dans tous les domaines ?
E.B. : Non, bien sûr. Tout comme je suis sujette à l’erreur. Dans ce métier, il ne faut jamais perdre de vue que l’on détient une responsabilité importante. Il convient donc de ne pas dire n’importe quoi. Je peux pressentir que la personne qui me fait face aura des problèmes de santé, mais sans pouvoir poser le moindre diagnostic. Dans ce cas, je lui recommande d’être attentive et de consulter un médecin. Je travaille par ailleurs avec plusieurs sociétés de recrutement. Les indications qu’elles recueillent par mon entremise doivent leur être très utiles puisque notre collaboration se poursuit. »

Les femmes et les hommes témoignent-ils de préoccupations différentes ?
E.B. : « Les hommes me consultent généralement à propos de leur vie professionnelle. » « J’ai le projet de créer tel type de société. Est-ce opportun » ou « Je veux donner à ma carrière telle orientation nouvelle, telle impulsion. Ai-je raison ? » ou encore « Je songe à m’expatrier. Quid ? » Un de mes clients, qui me consulte depuis dix ans, s’est installé en Nouvelle-Zélande et continue de me solliciter. Les femmes, elles, se montrent plus soucieuses de leur vie affective. »

Vous avez une préférence ?
E.B : « J’apprécie beaucoup la clientèle masculine. Ses besoins sont plus précis, plus concrets et j’en retire un sentiment de participation plus réelle. »

Comment se passe une consultation ?
E.B : « Si vous fantasmez sur la boule de verre, sachez qu’il s’en trouve bel et bien une dans mon cabinet, mais mise en retrait, discrète. Sur ma table, son présents une bougie et des jeux de tarot.
J’allume la bougie par rituel personnel ; elle ouvre une porte symbolique. Le tarot me rassure ;Il représente quelque chose de matériel sur lequel je m’appuie. Il constitue une rampe de lancement, un système divinatoire qui répond bien et de manière constante. La séance n’excède jamais une durée d’une heure, une heure quart. »
Par quel nom désignez-vous vos « clients » ?
E.B : « Je les appelle consultants. Certains me sont fidèles depuis 15 ans. Il se construit une intimité vraie, mais qui n’altère pas la qualité de la relation. J ‘insiste pour qu’ils gardent leur autonomie. Un voyant digne de ce nom est là pour donner une leçon de liberté. »

Le paranormal est-il normal ?
E.B : « Le paranormal n’est rien d’autre que le normal non encore expliqué. A quel moment les choses cessent-elles d’être normales ? Chacun de nous possède ses propres normes. Je continue d’être émerveillée de « voir », mais je ne trouve pas cela anormal. Si nous acceptions que ce phénomène existe et qu’il fait partie de nos capacités humaines, un grand pas serait déjà franchi. »

A l’évidence, ce n’est pas le cas.
E.B : »Il existe encore des rationalistes butés qui crient au truquage. S’ils acceptent le dialogue, voire la confrontation, je vais à leur rencontre. J’ai d’ailleurs participé à divers débats et émissions qui réunissaient des scientifiques, des sociologues et autres psychothérapeutes et j’ai pu constater que mon discours ne les laissait pas indifférents et que certains a priori disparaissaient. Chaque fois que j’en ai l’occasion, je participe à ce genre de rencontre. »

On ne peut tout de même pas nier qu’il existe des charlatans !
E.B : « Non bien sûr. Et il faut les dénoncer. On me fait parfois le reproche d’être trop médiatisée, mais il existe une raison à cela :je suis décidée à donner un solide coup de balai afin d’instaurer une déontologie dans un domaine où elle fait cruellement défaut. Comment ose-t-on prétendre, par exemple, que l’on est capable d’assurer à date fixe le retour de l’être aimé ? Les médias qui acceptent de diffuser ce genre de publicité sont complices. J’ai eu récemment la visite d’une dame qui avait donné des sommes considérables à un prétendu voyant et qui, devant l’absence de résultats, avait décidé de mettre un terme à ses consultations. Elle a reçu des menaces. Je lui ai conseillé d’aller déposer plainte auprès de la police. Les agents qui l’ont reçue se sont moqués d’elle… »

Avez-vous déjà été en rapport avec la police ?
E.B : « Elle me consulte régulièrement, mais de manière absolument officieuse. Il n’est pas rare que, sur mes indications, les enquêteurs qui relisent les procès-verbaux et autres documents découvrent le sens caché de certains éléments, voient des pistes qui, bien que se trouvant sous les yeux, ne leur étaient jamais apparues. Au contraire d’un radiesthésiste, je ne désigne pas d »endroit précis, mais je vois un environnement. »

Pourrait-on vous assimiler à une sorte de gourou ?
E.B. « J’ai des perceptions extrasensorielles qui se situent tout à fait en dehors des phénomènes de convictions philosophiques ou religieuses. Quand je «vois », je me trouve en état de conscience modifié. Je n’ai bien entendu nulle intention de gouverner la moindre âme. Les gens qui consultent ne doivent jamais perdre leur libre-arbitre, ne jamais se sentir obligés de réaliser une prédiction. Je sème une petite graine ; elle fait son chemin. »

Vos responsabilités se voient-elles accrues lorsqu’il s’agit d’amis ?
E.B. « Je n’accepte jamais que mes amis me consultent. Et ils râlent copieusement. Si je vois qu’un couple est en train de se défaire, je suis extrêmement prudente et n’interviens pas autrement si d’aventure je le fais- que par l’une ou l’autre question sur l’opportunité pour eux de continuer à cheminer ensemble. »

Une voyante peut-elle connaître le coup de foudre ?
E.B. « La question s’adresse d’abord à la femme de quarante ans, qui ne réagit plus de la même manière qu’à dix-sept ans. Le temps nous transforme toutes. Souvent, la voyante sait et la femme doute. Pour ce qui concerne ma propre vie, j’ai souvent des informations en rêve. Le coup de foudre ? Oui. Je suis restée passionnée, ce qui est la caractéristique du bélier ascendant lion. J’ai étudié l’astrologie durant deux ans ; il s’agit d’un bel outil de connaissance de soi et des autres. »

Pourquoi parle-t-on plus souvent de voyante que de voyant ?
E.B. « Parce que l’intuition est féminine et plus facilement acceptée de la part d’une femme que celle d’un homme. Au fil du temps, la femme a été obligée de faire montre d’intuition, puisqu’elle n’avait pas accès au savoir. A une certaine époque, même, les plus douées étaient considérées comme des sorcières et finissaient sur le bûcher… »
Marc Emile Baronheid