Étude pluridisciplinaire : un mémoire sur la voyance

L’étude strictement expérimentale de la voyance est comparable à l’étude expérimentale de l’amour, de la création musicale, littéraire ou artistique. C’est ardu. Par contre, en se situant dans l’observation directe du voyant, de ses consultants, et dans son milieu naturel, l’investigation débouche sur un réel effort pour cerner le phénomène.

Suivre une voyante dans son parcours, c’est se donner la possibilité de mieux comprendre, d’observer. Pourquoi et comment la voyance s’inscrit-elle dans l’histoire d’un individu ? Une étudiante en psychologie de l’Université de Louvain, Inès Carels, a pris contact avec moi. J’ai été le sujet de son mémoire de fin d’étude sur le thème de la voyance. J’ai joué le jeu sans limite. Me livrant totalement dans ma pratique, mes souvenirs, mes prises de conscience, mes doutes, ma relation avec mes consultants. Il a fallu pour cela de nombreuses heures d’entretien (enregistrées sur cassette) dans lesquelles j’ai fait état de ma conception de la voyance, de son « éclosion », ses ambiguïtés, ses succès et ses échecs. Et ma façon de les vivre. Cela a impliqué des prises de conscience sur mon parcours personnel. Autant pour mon propre cheminement, que pour l’apport que cela a induit dans la rédaction de mon livre : Les yeux de votre destin. Une forme de processus thérapeutique qui entraîne son lot de questions. Tout au long de nos rencontres, je suis passée par des périodes de réflexion profonde. Des retours vers mon histoire familiale : des parents séparés, un entourage affectif complexe, un monde de femmes, l’absence de mon père et d’homme.

Son mémoire terminé, Inès m’a communiqué ses impressions, ainsi que les réactions interpellantes que son travail a entraîné auprès de ses professeurs et de la faculté de psychologie. Elle vous livre ses réflexions:

Par la suite, Inès m’a envoyé un courrier dans lequel elle m’informe que son mémoire continue de susciter de l’intérêt au sein de l’Université. Un groupe de psychologues humanistes, rattaché au centre de guidance de Louvain -la – Neuve, et se réunissant au sein de la faculté de psychologie lui a demandé de faire un exposé de son mémoire. Une démarche, m’écrit – elle, qui ouvre le monde de la psychologie à la voyance. Je suis heureuse de contribuer, modestement, à l’ouverture d’une autre approche de la voyance. Ce souhait, ancré profondément en moi depuis des années, est un début… Je m’en réjouis.

Merci à Inès de son approche ouverte et respectueuse.

L’introduction d’Inès

Il semble que certains faits humains soient restés inexplorés ou tout du moins aient fait l’objet d’un désintérêt de la part du monde des sciences humaines. Jusqu’à présent, aborder les phénomènes de voyance oblige la plupart du temps à choisir entre deux extrêmes : le rationalisme qui pousse à n’en parler qu’en termes d’expérience subjective et la croyance irrationnelle qui ferait basculer du côté des mystiques et des occultistes. Pourtant ce sujet intéresse et concerne les psychanalystes depuis Freud. C’est pourquoi j’ai voulu réaliser un mémoire sur la voyance. La raison se situe dans le fait que ce sujet m’a toujours interpellée par les réactions passionnées qu’il suscite, à savoir le rejet ou la fascination, réactions qui ne laissent pas de place à un débat digne. Ceux qui sont sous l’emprise de la fascination apparaissent comme des naïfs et ceux qui la rejettent refusent de l’étudier par peur d’être considérés comme des naïfs.

En tentant de prendre du recul vis -à- vis du mode de pensée catégoriel et classificatoire dans lequel nous vivons, qui séparent le moi et le non-moi, l’intérieur et l’extérieur, l’avant et l’après, j’ai tenté d’approcher la faculté de voyance en faisant dialoguer la psychologie avec plusieurs disciplines telles que la phénoménologie, la philosophie, l’ethnologie et l’anthropologie.

C’est ainsi qu’après avoir montré les difficultés auxquelles s’est heurtée la voyance dans le monde scientifique (assimilation à un mécanisme pathologique, rejet lié au sentiment d’étrangeté suscité par la capacité de la voyante à se mouvoir dans le passé, le présent et l’avenir), j’ai réalisé une analyse de la voyance à partir du récit de vie d’Esméralda Bernard. Je profite de l’occasion pour la remercier une fois encore d’avoir accepté de me confier son histoire avec autant de sincérité, de gentillesse et de disponibilité. La qualité et l’authenticité de ses propos ainsi que la précision avec laquelle elle a décrit et exprimé ses perceptions ont véritablement permis de faire avancer l’étude de la voyance.

Ce travail a notamment permis de mettre en évidence le fait que la voyance, si elle s’inscrit dans un contexte psychologique individuel ou familial, social ou culturel, n’en reste pas moins une faculté en tant que telle, encore inconnue et inexpliquée. Ainsi, il se peut que la voyance trouve à se développer plus facilement chez certaines personnes que d’autres en raison du contexte familial ou socio – culturel (une grand-mère médium par exemple), ou encore en raison de facteurs psychologiques (désir de fusion avec l’autre par exemple, processus d’individuation). Toutefois et c’est là une des conclusions les plus importantes, il apparaît absolument réducteur d’assimiler cette faculté à ce seul contexte psychologique ou socio – culturel, ce que n’ont pas manqué de faire depuis toujours les scientifiques qui se sont penchés sur ce phénomène. Ce don est davantage à mettre en relation avec ce que François Laplantine appelle  » un mode de communication non verbale  » basé sur la sensorialité. Cette définition semble en tout cas correspondre à votre expérience, une faculté naturelle inexploitée et non encore développée par la plupart d’entre nous. Le mode de transmission du don de voyance de génération en génération, tel qu’il est également observé en Afrique, tend d’ailleurs à prouver l’origine naturelle de cette faculté.
En outre, il apparaît que ce don apparaît plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes.

Un parallélisme au niveau du processus a également pu être établi entre le phénomène de voyance et le surgissement créateur de l’artiste. Chez le voyant comme chez l’artiste coexisteraient une capacité à lâcher prise et le maintien d’un certain contrôle conscient. C’est grâce à cette double fonction que le voyant et l’artiste auraient accès aux visions. Bien qu’au terme de l’analyse, les questions soient plus nombreuses que les réponses, cette démarche semble avoir ouvert des perspectives d’avenir. En effet, cette analyse a montré l’intérêt d’approfondir l’étude de thèmes tels que la voyance et la médiumnité au sein des universités et plus particulièrement dans les facultés de psychologie. La voyance est loin d’avoir livré tous ses secrets, mais nos entretiens ont montré tout l’intérêt et la richesse de poursuivre dans la voie de l’étude pluridisciplinaire de la voyance à partir du vécu subjectif des personnes voyantes.

Inès Carels